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Situation Covid19, témoignage de Marlene, directrice d’Huchuy Yachaq

«Le défi de transformer les difficultés en chances.»

Nous étions dans la deuxième semaine de l’année scolaire quand le gouvernement du Pérou a décrété la situation d’urgence à cause de la Covid 19. Toutes les activités ont été suspendues et une quarantaine sévère a été imposée dans tout le pays à l’instar d’autres pays latino-américains et du monde.

Une fois passée la surprise initiale, les nouvelles inquiétantes qui nous arrivaient ont créé une ambiance d’angoisse et d’incertitude. Les gens stockaient les produits et nous avons fait face à une flambée dramatique des prix. Le désespoir s’est emparé de ceux.celles qui travaillent pour obtenir un salaire journalier lorsqu’ils.elles ont vu diminuer leurs sources de revenus. Une réalité nouvelle, imprévue, angoissante et désespérante a fondu sur nous. Même si le nombre de personnes contaminées et de morts a été minime pendant les premiers mois, nous avons pris conscience de la précaire situation de notre système de santé.

En ce qui concerne l’éducation, le gouvernement a mis en place un programme appelé « J’apprends à la maison » pour développer un système d’éducation virtuel improvisé pour toutes les classes. Les professeur.e.s se sont lancé.e.s dans le développement de classes virtuelles, malheureusement ces dernières n’ont pas atteint  la zone rurale ou des zones comme la nôtre où il y a un manque de ressources, où il n’y a pas d’ordinateur ni de connexion Internet où il y a seulement un téléphone portable par foyer alors qu’il y a beaucoup d’enfants en âge d’être scolarisés.

Le programme « j’apprends à la maison » ne tient pas compte de la situation des familles, qui dans ces circonstances n’ont pas les moyens financiers d’obtenir du matériel, de faire des impressions, des copies… tout ce qui est nécessaire pour l’enseignement la maison. Les familles ont donc fait face á une multitude de problèmes qu’elles n’avaient pas prévus.

Les défis sont grands et pour tous les acteurs. Le gouvernement s’est montré peu efficace et rongé par la corruption, les professeurs ne maîtrisaient pas l’usage des TICE (Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Enseignement), il en est de même pour les familles qui ont des difficultés à utiliser et à avoir accès au système virtuel, en plus de tous les manques, de toutes les difficultés que le confinement a généré dans le milieu familial. Tout cela nous a placé dans une situation à laquelle il fallait faire face de la meilleure manière possible.

Les deux premières semaines nous avons travaillé rapidement en faisant un état des lieux de la réalité des familles : travail, ressources, provisions , accès aux équipements et connexion Internet, disposition et capacités des familles ont été les points que nous avons étudiés pour proposer une façon de travailler pour cette période de confinement.

Parmi les familles de Las Hormiguitas : quatre ont conservé leurs postes de travail et leurs revenus, 52 se sont retrouvées sans travail et donc sans ressources et six d’entre elles ont préféré retourner dans leur communauté d’origine où elles travaillent la terre. Elles peuvent toutefois recevoir les livrets et les aides que nous envoyons depuis Huchuy Yachaq. Dans le cas contraire il était aussi possible d’envoyer le matériel jusqu’au village le plus proche, grâce à un transport par un particulier. Dans de telles circonstances ils ont tout vendu y compris les téléphones, la connexion à travers les groupes WhatsApp se fait parfois grâce au téléphone de voisins ou de membres de la famille.

Les familles sont prêtes à accompagner les maîtresses pour la mise en place des classes pour les enfants du Jardin. Les frères et sœurs aident pour l’utilisation des équipements et pour la connexion Internet. Les parents sont informés et sont conscients de l’importance des soins d’hygiène en ces temps difficiles, malheureusement, le savon, le gel hydroalcoolique et autres produits comme le shampooing ou les masques sont bien rares. La qualité des aliments consommés s’est bien détériorée ce qui prédomine est la consommation de glucides et pratiquement plus aucun fruit ni légume n’est consommé. 

La directrice de Las Hormiguitas et le personnel enseignant ont fait une rapide reformulation du plan annuel et du programme pédagogique ainsi que des démarches nécessaires à L’UGEL ( unité de gestion éducative locale) pour mettre en place nos propositions :

  1. Mise en place du protocole de biosécurité dans les locaux, y compris la remise d’équipement de biosécurité pour les professeurs nous avons mis en place la réglementation du travail en distanciel, ainsi que les programmes pédagogiques de manière virtuelle. 
  2. Création de groupe WhatsApp pour chaque classe sous la tutelle des professeures.
  3. Recherche des moyens pour connecter tous les enfants. Grâce au téléphone de proches qui sont prêtés une fois par semaine les groupes sont actifs.
  4. Tous les deux semaines, remise de matériel, de livrets.
  5. Au mois de mai, les maîtresses, secondées par Suly, en charge de la communication, se sont lancées dans l’enregistrement de vidéos courtes sur activités scolaires l’objectif et qu’elles soient  envoyées grâce au téléphone. Mais cela n’est pas suffisant, il faut remettre le matériel, les fiches, les impressions, les couleurs, le papier, les gommes, les gommettes etc. pour que chaque élève puisse développer ses aptitudes, guidé par ses parents, ses frères et sœurs, depuis la maison. Un défi qui n’est pas facile.
  6. Un atelier de théâtre a été mis en place, animé par Cristina qui adapte des histoires et des activités de création et de compréhension de texte.
  7. À cette étape le soutien des parents des frères et sœurs qui renvoient chaque jour les travaux des enfants est très important. Les enfants participent quotidiennement en envoyant leurs travaux, les photos de leurs activités, de petits enregistrements audio et vidéo réalisés par leurs soins.
  8. Nous actualisons en permanence les informations de chaque famille en ce qui concerne le travail, les sources de revenus, la dynamique familiale, l’accès à Internet, leur état de santé, leur alimentation. 
  9. Nous collectons et nous distribuons des paniers de nourriture, des kits d’hygiène et du matériel éducatif pour chaque enfant.

Marlene Quispe Barrientos, directrice du centre social Huchuy Yachaq, le 21 septembre 2020

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